Sylvia Robinson, la maman du rap

La journée internationale des femmes est aussi l’occasion de célébrer celles qui ont marqué la musique New Yorkaise. Injustement méconnue, mérite toute notre attention car elle a réussi dans un milieu musical pourtant intrinsèquement masculin (voire misogyne) : le hip-hop.

Le hip-hop devient une attraction à New York au début des années 1980, à tel point que la chanteuse de punk rock intègre une section de rap dans son morceau Rapture en 1981. Le morceau est un énorme succès (disque d’or aux USA, soit 1 million d’exemplaires vendus), et c’est le tout premier titre « rappé » à atteindre le sommet du hit-parade des ventes aux États-Unis. L’image du rap étant plutôt machiste, c’est assez ironique qu’une femme qui a contribué à le populariser…

Sylvia Robinson est née en 1935 à New York. Sa carrière de chanteuse débute au milieu des années 50, elle chante  mais ne rencontre pas un large succès. Avec son premier partenaire, Mickey Baker, elle forme le duo Mickey & Sylvia qui accompagne notamment Ike & Tina Turner.  Elle se marie à Joe Robinson en 1959 et ils décident de monter une maison de disques ensemble. Sylvia écrit et produit notamment Love on a Two-Way Street de The Moments, une balade soul.

En 1973 elle se lance seule à la voix et chante « Pillow talk » (conversation sur l’oreiller), une chanson dont la teneur vaguement sexuelle n’échappera pas même à l’auditeur le moins versé dans la langue de Shaekspeare :

So we'll piss off the neighbours
In the place that feels the tears
The place to lose your fears
Yeah, reckless behavior
A place that is so pure, so dirty and raw
In the bed all day, bed all day, bed all day
Fucking in and fighting on
It's our paradise and it's our war zone
It's our paradise and it's our war zone

(en gros, pour ceux qui ne suivent pas, elle raconte à son partenaire que les voisins vont râler à cause d’eux , et que dans le lit toute la journée, dans le lit toute la journée, dans le lit toute la journée, ils vont, euh… enfin vous voyez, quoi)

La chanson est disque d’or, alors que le titre avait été refusé par , qui le considérait trop cru.

En 1979, elle fonde avec Mickey la maison de disque Sugar Hill Records. Pourquoi Sugar Hill ? Parce que c’était l’épicentre de ce qui s’est appelé dans les années 20 le « Harlem renaissance », mouvement socio-culturel porté par des noirs, et animé par une volonté d’équité sociale à une époque où la ségrégation imprégnait les USA. Le premier groupe de la jeune maison de disque s’appelle, forcément, . Sur la scène du Palladium, en septembre 1979, le rappeur les invite à rejoindre Blondie (tiens tiens), qui elle-même jouait avec le groupe  (tiens tiens) le titre Good Times sur scène. Vous suivez ? Donc, Blondie, Chic et par dessus cela le rap de Fab Five Freddy et du Sugarhill Gang, le tout dans une même salle de concert — bienvenue à New York (et encore, The Clash était aussi présent ce jour là, mais restons simples).

Sylvia Robinson comprend tout de suite la portée de ce qu’il se passe là, et produit quelques semaines après Rapper’s Delight, qui commencent par ces lignes légendaires :

I said a hip, hop the hippie the hippie to the hip hip hop, a you don't stop

Le titre se vend à 2 millions d’exemplaires aux USA et c’est le premier succès à grande échelle d’un morceau hip-hop. Inhabituel à beaucoup d’égards, c’est un titre joué par un groupe monté pour l’occasion, sans aucune « légitimité », avec quelques musiciens de studios embauchés pour tenir la ligne de basse et de batterie pendant 1/4 d’heure. Chic leur fait immédiatement un procès pour plagiat, qui se solde par la rétrocession des droits d’auteur. Chic, groupe disco par excellence, est donc finalement auteur du premier succès du hip-hop.

Sylvia produit également, en 1982, The Message par , pour le coup un authentique morceau de rap par un authentique groupe de rap.

Sylvia Robinson

Sylvia divorce, puis la maison de disque Sugarhill Gang ferme. Elle fonde une autre maison de disque mais sans succès retentissant, puis s’éteint en septembre 2011.

Une série a été consacrée à la vie de Sylvia Robinson, First Family of Hip-Hop. Un biopic est également en préparation depuis quelques années et il se murmure que Halle Berry serait pressentie pour le rôle titre…

En cette journée internationale des femmes, ou journée internationale du droit des femmes, il nous a semblé logique de rendre hommage à cette grande dame qui a popularisé le hip-hop. L’an prochain je vous parlerai de Florence Greenberg, la fondatrice de Scepter Records !

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